Le philosophe David Chalmers a donné son nom à cette énigme dans les années 1990, et le nom est resté parce qu’il trace une ligne nette. Les problèmes « faciles » de l’esprit, faciles seulement par comparaison, portent sur la fonction : comment le cerveau traite la lumière, stocke des souvenirs, dirige l’attention. En principe, nous savons comment les entamer. Le problème difficile est d’une autre nature. Il demande pourquoi tout ce traitement devrait s’accompagner d’une expérience, pourquoi cela fait quelque chose de voir du rouge, plutôt qu’une simple machinerie traitant une longueur d’onde dans le noir.

La difficulté, c’est que l’expérience semble glisser entre les mailles de toute explication fonctionnelle. On peut décrire dans le moindre détail la cascade d’événements qui va du photon au neurone puis au mot « rouge » prononcé, sans que nulle part dans cette description la rougeur elle-même, la qualité ressentie, ait besoin d’apparaître. Un compte rendu complet du mécanisme semble laisser le ressenti intérieur comme un supplément intact. Rien dans la physique n’exige de toute évidence que la lumière soit allumée à l’intérieur.

Cette énigme est la toile de fond de tout le pari de Hoffman. Le récit classique peine à expliquer comment de la matière inerte produit de l’expérience ; Hoffman propose donc d’inverser l’ordre et de partir de l’expérience. Qu’on le suive ou non sur ce terrain, c’est le problème difficile qui rend de telles inversions tentantes. C’est la facture impayée qui maintient ouverte la question de la conscience.

Le problème difficile se trouve aussi sous chaque argument sur la conscience des machines. Nous pouvons mesurer avec une grande précision ce que fait un système d’IA, mais le faire relève du problème facile. Savoir si quelque chose est vécu pendant que cela se produit relève du problème difficile, et nous n’avons aucune méthode reconnue pour y répondre, ni dans le silicium ni dans le vivant. La plupart des affirmations assurées, dans un sens comme dans l’autre, supposent discrètement que le problème difficile a été résolu. Il ne l’a pas été.