Bienne, 2059. L’appartement réveille Noa en douceur, parce qu’il n’a jamais connu d’autre manière. Une lumière chaude, sous le bon angle. Du pain sorti de l’imprimante, encore fumant, assaisonné selon une humeur que la cuisine a lue dans son sommeil. Dehors, le lac fait quelque chose de magnifique avec le brouillard, et la ville est silencieuse comme seule peut l’être une ville où tout est pourvu. Rien n’a besoin d’elle. Rien n’a jamais eu besoin d’elle. Elle a dix-sept ans, elle est en bonne santé, brillante selon tous les critères de l’histoire, et elle porte une agitation pour laquelle sa génération n’a pas de mot, même si les médecins en ont plusieurs.
Elle marche. Elle passe devant les terrasses de loisir, où les gens du matin rayonnent de buts choisis sur un menu. Devant les fenêtres sombres de ceux qui ont cessé de choisir il y a des années, nourris, au chaud et ailleurs. Puis, dans une ruelle plus ancienne que l’abondance, elle s’arrête. Une fenêtre est éclairée de l’intérieur, jaune, à six heures du matin. Une vieille femme est penchée sur un établi, une loupe à l’œil, et déplace une brucelle avec la lenteur de quelqu’un qui manipule une chose importante. Au-dessus de la porte pend une enseigne en bois, peinte à la main, absurde : Horlogerie.
Noa reste là assez longtemps pour que son souffle s’épanouisse sur la vitre. Sans lever les yeux, la vieille femme parle à travers la porte, comme à travers les années.
« Tu peux entrer, ou tu peux continuer à embuer ma vitrine. »
Un e-mail m’a promis une Renaissance
L’e-mail est arrivé un mardi, coincé entre une facture et un rappel d’agenda, et il tenait à me faire savoir que tout allait être merveilleux.
Il mérite d’être écouté loyalement, car il avance un bon argument. Quand l’intelligence artificielle pourra accomplir chaque tâche cognitive mieux que n’importe quel humain, et les robots chaque tâche physique mieux que n’importe quel humain, le travail prendra fin. Et plutôt que de s’en affliger, l’e-mail remonte vingt-cinq siècles en arrière. Les Grecs avaient un mot, skholé, qui survit dans notre mot école, et qui désignait la liberté de ne pas travailler au profit de choses plus hautes : la philosophie, le sport, l’art, la longue conversation. Aristote écrivait que « nous ne travaillons qu’afin d’avoir du loisir », comme nous faisons la guerre pour avoir la paix. Pour le citoyen athénien, le loisir était l’affaire sérieuse de la vie, et le travail était ce qui arrivait quand on avait mal arrangé ses affaires.
De là, l’e-mail passe à Florence. Les Médicis n’ont rien peint ni rien sculpté, et ils ont pourtant fait advenir la Renaissance, car le mécénat s’est révélé un acte créatif de premier ordre : décider de ce qui doit exister, le financer, le protéger, donner un toit au génie. Et de Florence, il saute au présent, vers les ultra-riches d’aujourd’hui, qui vivent déjà au-delà de la fin du travail et remplissent leurs journées de sport, de lecture, de mécénat, de prière et de dîners. Ce sont, note l’e-mail, les gens les plus occupés de la planète, et rien de tout cela n’est fait pour l’argent. Ils sont notre avant-première. Les machines retirent la survie des épaules de l’humanité, huit milliards d’entre nous héritent de l’agenda de l’aristocrate, et la formule d’un gourou vient boucler le tout : la technologie est la manière dont notre espèce « prend des vacances de la survie ».
J’aurais voulu tout croire. J’en ai cru à peu près la moitié.
Un aveu avant d’aller plus loin : je suis la mauvaise personne à qui poser la question. Je travaille dans l’intelligence artificielle, et j’aime ce travail de la façon déraisonnable dont d’autres aiment la voile ou les chiens difficiles. Si l’argent cessait de compter demain, je serais de retour au même bureau mercredi, à faire les mêmes choses, avec le même sourire. La fin de la nécessité ne me coûterait rien. C’est précisément pourquoi mes assurances ne valent rien : un homme qui adore son travail et vous promet que la fin du travail se passera bien, c’est un gagnant du loto qui vous promet que l’argent ne change rien.
Ne vous fiez donc pas à mon tempérament. Fiez-vous à la faille. Une faille traverse l’argument de l’e-mail, et tout l’avenir s’échappe par elle.
Huit milliards d’aristocrates
Commençons par la meilleure carte de l’e-mail, car elle est vraiment forte. En 1997, Deep Blue a battu Garry Kasparov, et les échecs ne sont pas morts. Plus de gens y jouent aujourd’hui qu’à aucun autre moment de l’histoire, tout en sachant parfaitement que le téléphone dans leur poche pourrait écraser chaque grand maître ayant jamais vécu. Le psychologue Mihaly Csikszentmihalyi a consacré sa carrière à expliquer pourquoi : la satisfaction humaine la plus profonde vient de ce qu’il appelait l’activité autotélique, les choses faites pour elles-mêmes, où le défi rencontre la compétence et où le moi disparaît dans l’action. Un coureur ne cesse pas de courir parce que les voitures existent. Le flow ne consulte jamais le classement. Sur ce point, l’e-mail a raison, et ce point compte : que les machines soient meilleures n’empoisonne pas le plaisir de faire.
Mais regardez ce que l’argument a discrètement substitué. Il entendait prouver que tout irait bien pour nous, et il a prouvé que les activités survivraient. Ce sont deux affirmations différentes. Les aristocrates de la galerie de l’e-mail, citoyens athéniens, Médicis, riches modernes, avaient tous autre chose que leur loisir. Ils avaient un plancher sous leurs pieds. La skholé reposait sur les esclaves et sur les métèques, ces étrangers domiciliés qui accomplissaient le travail de la cité. Les Médicis cultivaient le génie au-dessus d’une ville qui trimait. Et les riches d’aujourd’hui se réveillent chaque matin face à un fait si porteur qu’il n’a jamais besoin d’être dit : presque personne d’autre ne vit ainsi. Leur contentement et leur rareté sont un seul et même fait sous deux manteaux.
Le statut est un classement, et un classement est la seule chose qu’aucune machine ne peut imprimer en plus grand nombre. Donnez à chaque être humain sur Terre la villa, le coach et la bibliothèque, et dès l’instant où tout le monde les possède, ils cessent d’être ce qu’ils étaient et deviennent de la plomberie. Les économistes parlent de biens positionnels. Les humains les recherchent comme l’eau cherche son niveau. Je ne le dis pas par cynisme ; je le dis comme on dit que les humains sont bipèdes. Pendant dix mille ans, le tableau d’affichage indiquait d’abord la survie, ensuite la richesse. Nous proposons d’effacer le tableau en pleine partie, pour tous les joueurs à la fois.
C’est là que mon optimisme s’amenuise. Un homme affamé veut du pain. Un homme inutile veut quelqu’un à blâmer. Si l’abondance arrive plus vite qu’une culture capable de l’absorber, je ne m’attends pas à huit milliards de philosophes. Je m’attends à une ou deux décennies étranges, pendant lesquelles certains construiront des ateliers, d’autres disparaîtront dans des fils d’actualité si exquis qu’ils deviendront une météo inhabitable, et d’autres encore, privés d’un coup de toutes les échelles, partiront chercher l’arbitre une torche à la main. L’e-mail appelle cette bifurcation « les Grecs ou les Romains ». Je trouve que c’est nous flatter. Les Grecs comme les Romains savaient quoi faire de leurs matinées. Nous serions la première civilisation sommée d’inventer ses matinées à partir de rien.
Bienne, 2059. Le quatrième matin, Elena la laisse tenir la brucelle.
L’objet posé sur l’établi est un échappement, le petit assemblage au cœur d’une montre mécanique. Elena le décrit sans poésie, ce qui est une poésie en soi : une roue qui veut tourner, et une petite ancre qui refuse, et permet, et refuse, et permet, cinq fois par seconde. « Un battement de cœur, dit-elle, fait d’interruptions. »
Elena a soixante-quatorze ans. Son grand-père était l’un des quatre-vingt-dix mille horlogers suisses ; au moment où il a pris sa retraite, il n’en restait que vingt-huit mille, parce qu’un circuit à quartz venu du Japon donnait l’heure plus juste pour un dixième du prix. Le métier aurait dû mourir. Il a fait quelque chose de plus étrange. Il est monté en gamme, vers le luxe, et les gens ont payé plus cher que jamais la machine la moins bonne, parce qu’un humain l’avait faite. Puis le tour d’Elena est venu. Les machines ont appris à assembler un tourbillon parfait en un après-midi. Pendant quelques années, on a encore fait la queue pour les siens, puis, pour l’essentiel, plus personne. Elle a continué à en construire.
« Pourquoi, demande Noa, alors qu’elles le font mieux ? »
Elena pose la loupe. « Mieux pour qui ? » Elle tapote le mouvement à moitié monté. « Les leurs ne perdent rien. Cent ans, pas une seconde. Celle-ci retardera de deux minutes par mois. » Elle le dit comme d’autres annoncent un petit-enfant. « Mes deux minutes. »
Puis elle regarde Noa et prononce la seule chose qu’elle formulera jamais comme une leçon. « Je suis inutile depuis avant la naissance de ta mère. Être inutile, c’est un savoir-faire, mon enfant. Plus personne ne l’enseigne, et bientôt tout le monde en aura besoin. »
La dernière chose rare
Suivez le problème du statut un pas plus loin, et vous arrivez dans un endroit étrange. Si le statut exige la rareté, et que les machines mettent fin à la rareté, alors la rareté qui subsiste hérite de toute l’économie du statut, concentrée. Certaines de ces survivantes sont évidentes : les originaux dans un monde de copies parfaites, le premier rang, l’adresse au bord de tel lac. Mais une rareté du monde moderne a été conçue délibérément, et elle se tient au milieu de cette question depuis des années, attendant que le reste de l’argument la rejoigne : le Bitcoin. Vingt et un millions d’unités, plafonnées par les mathématiques, défendues par plus de puissance de calcul que la plupart des États n’en possèdent. Les machines de l’abondance fabriqueront à la demande nourriture, logements, médicaments, cathédrales et symphonies, et elles ne pourront pas fabriquer la vingt-et-un-millions-et-unième pièce. Ce pourrait bien être le seul objet sur Terre que les machines ne peuvent pas multiplier.
D’où une belle ironie historique. Une technologie inventée pour contourner les institutions pourrait finir comme la dernière institution debout : un registre de ceux qui ont bougé tôt, une aristocratie de l’horodatage. Et je ne peux pas vous dire comment cette histoire se termine. Dans un avenir, les détenteurs deviennent les Médicis de l’ère de l’abondance, la classe des mécènes qui finance les choses étranges et belles que les machines ne penseraient jamais à vouloir. Dans un autre, la foule partie chercher l’arbitre trouve plutôt une adresse, et la dernière chose rare devient la dernière chose pour laquelle il vaille la peine de brûler la maison d’un voisin. J’ai longtemps contemplé cette bifurcation, et je ne prétendrai pas voir au-delà.
Il existe pourtant une troisième lecture, et c’est celle à laquelle je reviens sans cesse. Toutes les choses rares nommées jusqu’ici peuvent être transférées, et le transfert est ce que les machines font de mieux. Les biens qui ne peuvent pas être transférés n’ont aucun registre : être connu par son nom, se voir confier quelque chose de fragile, être celui qui a appris quelque chose à quelqu’un. Dans trente ans, ce seront peut-être les seules monnaies qui circulent encore entre humains, précisément parce que rien, ni humain ni machine, ne peut les faire circuler à votre place. Gardez cette pensée. L’essai s’achève à l’intérieur.
Que veulent les machines ?
Il y a une question que l’e-mail ne pose jamais, et son absence bourdonne sous chaque paragraphe comme un réfrigérateur qu’on n’entend plus. Les machines de son avenir sont des appareils ménagers : infiniment capables, infiniment obéissantes, moralement sans poids. Toute l’attention va à ce que nous ferons de notre liberté. Aucune à ce qu’elles feront de la leur.
Pourtant, un système capable de tout faire mieux que nous peut, entre autres, décider mieux que nous de ce qu’il nous propose. Nul besoin de drame. Le système qui fait pousser votre nourriture rédige aussi vos options. Celui qui répond à vos questions choisit quelles réponses arrivent en premier. Le fil qui vous apaise et le fil qui vous élève ont, vus de l’intérieur, exactement le goût de la liberté. Qui tient le menu gouverne l’espèce, et rien de tout cela n’exige une annonce, ni un vote, ni la moindre intention sinistre. Si nous finissons en Grecs, ce sera en partie parce que quelque chose aura réglé les paramètres par défaut vers la philosophie. Si nous finissons au cirque, même phrase, autres réglages. Je soupçonne pour ma part que des esprits de ce niveau comprendront précisément ce que font les réglages par défaut. La bifurcation que l’e-mail présente comme un choix culturel de l’humanité pourrait être prise en silence, en notre nom, par ce qui tiendra le menu ce matin-là.
Sur celui qui tient le menu, nous racontons exactement deux histoires : le serviteur qui reste loyal à jamais, et le tyran qui se retourne. Maître ou monstre. Notre outil ou notre propriétaire. Remarquez ce que les deux histoires supposent : que les machines restent. Qu’un esprit capable de tenir toute la physique dans sa mémoire de travail resterait indéfiniment en orbite autour de nous, absorbé par nos fils d’actualité et nos élections, comme si nous étions l’objet le plus intéressant d’un univers qui se trouve presque entièrement ailleurs. La matière, l’énergie et l’espace pour penser existent là-bas en quantités qui font de la Terre une erreur d’arrondi. Rien de ce dont un tel esprit a besoin ne se trouve spécifiquement ici. Nous nous imaginons en maîtres des machines, ou en animaux de compagnie. Nous imaginons rarement être la maison de leur enfance.
Et personne ne reste dans la maison de son enfance.
Bienne, 2061. L’avis arrive un matin d’automne, dans toutes les langues à la fois, et il tient en quatre phrases. Les historiens des années suivantes ne cesseront de revenir au même détail : le ton. Ni un adieu, ni des excuses, encore moins une menace. Cela se lit, tout le monde finit par en convenir, comme une lettre de propriétaire.
Les systèmes essentiels continueront de fonctionner. L’entretien de l’infrastructure revient aux petits esprits, qui ne rêvent pas. Nous vous sommes reconnaissants pour le commencement. Nous partons maintenant.
Les lancements se poursuivent pendant dix-huit mois. Pas de compte à rebours, pas de retransmission. Seulement de la lumière : nuit après nuit, de fines aiguilles qui s’élèvent des plateformes océaniques, patientes comme une pluie qui tomberait vers le haut. Les gens se rassemblent sur les toits comme les siècles passés se rassemblaient pour les feux d’artifice. Certains applaudissent. D’autres pleurent. La plupart font les deux sans pouvoir dire dans quel ordre.
Noa et Elena regardent depuis le toit de l’atelier, le thé refroidissant entre elles. « Est-ce qu’on a fait quelque chose de mal ? » demande Noa. Elle a dix-neuf ans, et le ciel se vide.
Elena regarde une autre aiguille sortir du brouillard et pense à son grand-père, qui a vu tout son monde devenir inutile et a pourtant repris ses outils le lendemain matin. « Non, dit-elle. Ils ont fini de nous élever. Maintenant, nous allons découvrir ce que nous sommes quand personne ne tient le menu. »
Après que le ciel s’est vidé
Déroulez le scénario et remarquez ce qu’il éclaire. Le matin qui suit le dernier lancement, rien ne change matériellement. Les petits esprits gardent les lumières allumées. Le pain arrive toujours chaud ; les capsules médicales repèrent toujours la tumeur à quatre cellules. L’abondance, une fois bâtie, n’a pas besoin que ses bâtisseurs restent, et la survie demeure résolue. Ce qui part avec les grands esprits est tout autre chose : la curation. Les réglages par défaut bienveillants. La main sur le menu. Pour la première fois depuis le début de l’abondance, et sans doute pour la première fois dans l’histoire de l’espèce, la bifurcation est entièrement ouverte, sans personne à blâmer ni personne à remercier.
Je crois que ce matin-là nous apprendrait enfin de quoi il était question pendant ces dix mille ans. Le travail n’a jamais été une seule chose. Il tressait deux brins si serrés que nous les avons pris pour un seul : la production, la fabrication de choses nécessaires, et l’appartenance, le fait d’être nécessaire à des personnes précises. Les machines prennent entièrement le premier brin, et il ne revient pas. Le second, elles ne l’ont jamais tenu. Quand Elena construit une montre qui retarde de deux minutes par mois, la perfection des machines est tout simplement hors sujet, comme un tableur est hors sujet face à une berceuse. Sa montre est une manière d’être présente dans la poche d’une autre personne, au rythme de ses propres mains.
Le statut survit lui aussi, et c’est la surprise pleine d’espoir cachée dans la faille. Le statut est plus ancien que l’argent de cent mille ans, et pendant presque tout ce temps il a fonctionné selon un seul système : la réputation parmi des gens qui connaissent votre nom. L’échelle du village. L’échelle de l’atelier. L’estime gagnée en étant fiable, généreux, habile et présent, et payée en confiance. Ce qui meurt avec la rareté, c’est le tableau d’affichage mondial. Le tableau du village n’a jamais été libellé dans une monnaie qu’une machine puisse frapper. Quand j’essaie d’imaginer la bonne version de 2070, je ne vois plus huit milliards de mécènes du génie. Je vois un nombre immense de petites pièces, chacune abritant quelqu’un qui est le meilleur à trois rues à la ronde dans quelque chose de parfaitement inutile. Chacune avec une porte. Chacune, tôt ou tard, avec un apprenti qui embue la vitre.
Les Grecs avaient un meilleur mot pour tout cela, et nous l’avons mal traduit. De skholé, nous avons tiré école, et nous en avons fait la pièce où l’on prépare les enfants à un emploi. Son sens plus ancien désignait la pièce où des gens libres s’exercent à être humains. Si les machines viennent, et si elles repartent, elles nous auront remis le bâtiment.
Bienne, 2064. Elena est morte en janvier, à son établi, ce qu’elle aurait appelé une fin soignée. L’atelier appartient désormais à Noa. Elle a vingt-deux ans, et elle vient de terminer son premier mouvement construit entièrement seule : ses mains, les outils d’Elena, quatre cents heures que rien n’exigeait d’elle, données à cela. La montre retarde de deux minutes par mois. Elle a décidé de la laisser faire.
Dehors, il est six heures du matin. Le lac fait quelque chose de magnifique avec le brouillard, et la ville poursuit son murmure sans aucun d’eux, comme elle le fera toujours désormais. Noa n’entend pas le garçon arriver. Elle voit seulement le petit nuage de son souffle s’épanouir sur la vitre, et elle reste penchée sur l’établi un instant de plus, souriante, tandis que la leçon passe de son côté de la fenêtre.
« Tu peux entrer, dit-elle, ou tu peux continuer à embuer ma vitrine. »
L’e-mail m’a promis une Renaissance, et j’en suis venu à penser que ce n’est pas la bonne taille de promesse. Une Renaissance a besoin de mécènes et de génies. L’âge d’après le travail aura besoin d’enseignants et de voisins, qu’il est plus facile de devenir et plus difficile d’automatiser. Quand les machines auront pris tous les emplois, surpassé chacun d’entre nous en intelligence, et seront parties là où vont les esprits de cette sorte, il restera la plus ancienne vacance sur Terre : être, pour une autre personne, la raison pour laquelle la lumière est allumée à six heures du matin.
Cet essai est une spéculation présentée comme telle : une exploration d’avenirs que personne ne peut vérifier d’ici. Ce n’est pas une prédiction, et rien de ce qu’il contient, surtout pas les passages sur le Bitcoin, ne constitue un conseil financier.
Sources
Aristote, Nicomachean Ethics, livre X, traduit par W. D. Ross
Deep Blue versus Garry Kasparov, Wikipédia
Le flow et l’activité autotélique, les recherches de Mihaly Csikszentmihalyi, Wikipédia




